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3 juin 2014 2 03 /06 /juin /2014 18:43

Fort de son succès, El Cojano grandit et s'exporte. 

 

Désormais, mes histoires de débile en voyages sont contées sur un tout nouveau blog, bien plus beau, bien plus fort et bien plus intelligent que celui-ci : 

 

www.elcojano.com

 

(Oui, maintenant que j'ai un travail, je peux m'acheter un nom de domaine) (bien mégalo)

 

Si tu t'y aventures, tu y trouveras également de courtes critiques ciné, quelques résumés des matches de l'En Avant Guingamp et des anecdotes sans intérêt sur ma vie de néo parisien.

 

Si tu ne t'y aventures pas, j'espère que tu as une bonne excuse.

 

Et si tu n'as pas voté FN aux dernières élections, je t'autorise à ajouter elcojano.com à ta barre de favoris.

 

Bisous

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Published by Thibaut
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23 juin 2013 7 23 /06 /juin /2013 23:47

Je marchais vers Times Square.

Comme un dingue. Si vite que ça me flinguait les jambiers antérieurs. Et j’accélérais encore, comme si je méritais la douleur.

 

Je méritais cette douleur. Me foutre en retard, le jour de mon retour en France, pour une pauvre chemise à carreaux. Quel con… J’aurais du me méfier aussi. Accompagner deux nanas à Times Square. Faire du shopping. Normal. A Forever 21. NORMAL.

 

 

 

Forever 21, déjà, tu te demandes comment ça a pu atterrir à Times Square.

 

Un endroit où les écrans géants et la suractivité résistent à la nuit ; où les dizaines de panneaux publicitaires luminescents te crament les rétines et le cerveau ; un endroit dont la fascinante singularité te donne l’impression de ne pas faire partie de ces milliers de pantins de touristes ébahis qui, tout comme toi, ont l’impression de ne pas faire partie de ces milliers de pantins de touristes ébahis. Un endroit plutôt moche mais où tu peux rester assis des heures à contempler un spectacle que tu ne comprendras sans doute jamais.

 

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Au milieu de ce symbole du luxe, de la démesure et du rêve américain, coincé entre les  belles enseignes de Disney et MM’S, et en face de Levis : Forever 21. Magasin normal, pour meufs normales, avec des fringues normales. Et un tout maigre rayon masculin. Louche…

 

La veille, donc, j’y avais trouvé une chemise. Pas trop chère. Ni trop moche. Rien de bien foireux.

 

Jusqu'à ce que je rentre chez moi...

 

 


 

 

Je faisais ma valise, je partais le lendemain. Mine de rien, j’étais quand même fier de ma nouvelle chemise bought in Times Square.

 

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Et puis en la sortant du sac, j’ai senti la pièce de plastique.

L’antivol ! La vendeuse a oublié l’antivol.

 

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C’est pour ça, alors, que les portiques s’étaient mis à beugler quand je suis sorti du magasin. Le disque beige emprisonnait le pan gauche de ma nouvelle chemise comme deux tranches de pain peuvent contenir un steak. (Il était temps que je rentre en France, mes métaphores commençaient dangereusement à virer hamburger.)

 

Je n’avais pas cinquante solutions : soit retrouver le ticket et échanger la chemise, soit me démerder tout seul et forcer le bastringue. J’avais moyennement le temps de repasser par Times Square, et puis bon, si je peux ouvrir une bouteille sans tire-bouchon, je peux bien me débarrasser d’un bout de plastique dans une chemise.  

 

 

Je décidai de passer à l'acte.

 

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Selon Google, les deux parties d’un antivol sont reliées entre elles par une tige en métal et le meilleur moyen de les désolidariser est d’utiliser un aimant.

Bien sûr, pas un seul aimant dans l’appart. Ni un seul coloc d’ailleurs.

 

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L’impasse. Je tournais le truc dans ma main avec un air nigaud.

« Forced remove will release ink and may cause injury ». La flemme de traduire.

On voit bien la tige. Je l’aurai à l’usure.  

 

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Armé d’un couteau à dents, je commençais mon acharnement et le mot ink me trottait dans la tête sans que je sache trop bien pourquoi.  

J’imprimais un rythme léger et mesuré, puis accélérais progressivement.

 

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Face à la résistance du métal, j’insistais, chassant cette pensée tenace, ink, de mon esprit pour me concentrer sur mon dégommage d’antivol.

CLAC !

La tige a pété.

 

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Après avoir brièvement hurlé de soulagement, je réalisais que mes mains étaient bleues.

 

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Ah, oui : « ink », ça veut dire « encre ».

 

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Oh, tiens, le ticket de caisse. 

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J’en étais donc là. A tracer vers Times Square comme un bourrin pour retourner dans le seul magasin de New York que je n’avais pas envie de revoir. A moins de quatre heures de mon vol.

 

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Je slalomais délicatement au cœur d’une marée humaine de dix-sept millions et demi de personnes (au moins).

 

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Arrivé à l’accueil du magasin, j’explique calmement mon problème à la première vendeuse qui me répond avec un sourire désolé qu’il faut s’adresser au troisième sous-sol mais que c’est mort, mon coco, ils vont pas te la reprendre comme ça, ta défroque.

 

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Sauf qu’au point où j’en suis, je préfère tenter le coup.

 

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Je descends alors les trois escalators pour atterrir au bout d’une file d’attente composée d’environ beaucoup trop de monde.

 

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Après plusieurs longues minutes d’attente, une voix désagréable, appartenant à une jeune femme brune, pas jolie, un peu grosse, trapue et à la peau très pâle me grogne d’avancer à sa caisse.

 

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La caissière m’adresse un regard de profond mépris. Elle doit attendre que je parle. Ou que je meure.

 

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Elle me fout les jetons.

J’essaie de me ressaisir et commence à bafouiller un truc incompréhensible, mélange de français et d'anglais, sur un ton involontairement désespéré.

 

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Son regard est de plus en plus méprisant. Elle commence à s'impatienter.

 

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La peur et la fatigue me font perdre mes moyens. mais je résiste et me lance courageusement dans une seconde explication.

 

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Elle me regarde de travers, m’arrache ma chemise des mains, la considère avec autant d’empathie qu’un chat affamé pour un oiseau blessé et hausse les épaules : « Oh, the ink broke. Okay. »

 

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Trente-sept secondes plus tard, je foulais de nouveau,

droit et fier, le sol de Times Square.

 

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Je n’ai plus mal aux jambes, je ne transpire plus, j’ai retrouvé le sourire et une chemise toute neuve et libérée de son antivol est fraichement roulée en boule dans mon sac. Mon avion décolle dans trois heures, j’ai même le temps pour un dernier burger.

 

 

 

 

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27 janvier 2013 7 27 /01 /janvier /2013 23:40

« New York est tout. Ville antique, ville moderne, ville planétaire, ville du Moyen Age, ville de l’âge de fer, ville d’horreur, ville de beauté, ville de solitude, ville d’extase. Tout cela, ce sont des facettes de la même ville-monstre. Il y a tout à New York. A New York, j’ai ressenti l’extase du tout.
Et pourtant… ce n’est rien. »


Edgar Morin, New York, la ville des villes (1984)

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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 19:15

 

« Sing, sing, sing, everybody start to sing like dee dee dee, bah bah bah dah

Now you're singin with a swing »


Ces paroles ont été écrites en 1936 en introduction d’un des plus grands classiques du jazz. Sing, Sing, Sing (With a Swing), de son nom complet, a été récemment popularisé grâce à la bande annonce du film The Artist (sans pour autant faire partie de la bande originale).

 

Cette œuvre, nous la devons à un certain Louis Prima, dont le surnom, The king of swingers, lui vaudrait aujourd’hui d’être confondu avec DSK (swinger signifiant également échangiste). Mais si le chanteur de la Nouvelle-Orléans est bien le compositeur du morceau, l’histoire l’attribue le plus souvent à Benny Goodman.

 

 

The Benny Goodman Orchestra, 1937

 


Il ne faut pas longtemps au clarinettiste de Chicago pour adopter Sing, Sing, Sing et lui donner sa couleur instrumentale la plus célèbre : une première version est en effet enregistrée dès le mois de juillet 1937. Mais c’est le 16 janvier 1938, lors de son célèbre concert au Carnegie Hall de New York, que Benny Goodman assure un succès mondial et pérenne au morceau.

 

Ce concert est un double départ. C’est d’abord la première fois qu’un jazzman s’illustre au Carnegie Hall, faisant ainsi tomber son image de reflet de la haute société new-yorkaise, european style, qui venait là écouter du Wagner pendant que les Nazis envahissaient tranquillement la Pologne. Et le succès du concert permet enfin au jazz  d’être accepté comme courant musical majeur par une grande partie des Américains, et donc du reste du monde.

 

Surtout, la prestation du Benny Goodman Orchestra de Sing, Sing, Sing lui donne une envergure telle qu’il peut dès lors, à peine deux ans après que Louis Prima l’eut couché sur le papier, jouir de son statut non-officiel de « classique du jazz ».

 

Ce 16 janvier 1938, c’est presque la fin du concert lorsque les quinze musiciens entonnent les premières notes de Sing, Sing, Sing. La prestation dure plus de douze minutes. Douze minutes qui envoutent la salle et ses 2 760 spectateurs, devenus 2 760 marionnettes, répondant aux fils rythmés de la musique, ouverte par la swinguante majesté des batteries de Gene Krupa, saccadées de la puissance suspendue des cuivres et sublimées de la maestria des solos.  Chacune de ces performances, subtilement appuyées du roulement de la batterie et cadencées de l’énergie de l’orchestre, ajoute son pesant de virtuosité et de magie. Quarante-cinq secondes pour le sax, 114 pour la trompette et encore 106 pour la clarinette de Benny Goodman lui-même. Trois solos mémorables qui enflamment la salle et éblouissent l’audience. Et pourtant moins prodigieux que le tout dernier. Car au terme de cette prestation en crescendo, Benny Goodman surprend son orchestre en donnant à Jess Stacy un solo totalement imprévu. Interloqué, le pianiste commence par faire marrer toute l’assemblée avant d’improviser ce qui sera considéré par certains comme la meilleure prestation de sa carrière.

 

 

Solo de Jess Stacy à partir de 9'25

« (…) Ce qui est sorti de ses doigts était une élégante, impressionniste merveille aux fioritures classique qui réussissait pourtant à swinguer. C’était la plus belle chose qu’il ait jamais jouée, et c’était ironique qu’une performance si bariolée et nuancée vienne conclure un morceau si chaotique et grandiloquent », a parfaitement résumé en 2005 le journaliste de jazz David Rickert.

 

 

C’est ainsi que grâce à Goodman, Krupa, Stacy et tout l’orchestre, Sing, Sing, Sing entame une épopée formidable et sans fin. Et voilà 75 ans que le morceau traverse le monde, de salle en salle, d’orchestre en orchestre, d’interprétation en interprétation.

 

Un petit tour sur YouTube suffit pour s’en rendre compte. Tout y est, à commencer par ces chanteuses aux robes bien rétro accompagnant un Benny Goodman septuagénaire transpirant, avec des lunettes de hipster mais encore plus génial que dans sa jeunesse, ou bien ce solo de batterie et de bruits de bouche, cet orchestre de lycéennes chinoises en costumes de marin, ces danseuses sexys et ce solo de piano/orgue complètement décalé sorti tout droit d’un dessin animé écrit sous LSD au plus profond du Monde Chelou 2.0 que même Fip ils diffusent pas ça, ou enfin ces jeunes mariés qui ouvrent leur bal de noces en justifiant les 5 000 $ de cours de danse dépensés ces derniers mois. Des dizaines de variantes, classiques, avant-gardistes, bizarres, ridicules, ou tout simplement géniales.

 

Sing, Sing, Sing s’est exporté jusque dans les cinémas, où plusieurs réalisateurs l’ont emmené. Woody Allen l’a notamment choisi à trois reprises, pour illustrer 1) le fantôme d’une mère envahissante (New York Stories, 1989), 2) une course poursuite dans une fonderie new-yorkaise (Meurtre mystérieux à Manhattan, 1993) et 3) une découverte de l’Enfer (Harry dans tous ses états, 1997). Martin Scorsese l’incrusta quant à lui dans les bandes originales de Casino (1995) et Gangs of New York (2002). Alors que les futurs Batman et Dr Wilson (le pote de Dr House) se déhanchaient comme des damnés sur les rythmes de la chanson pour pécho des meufs dans Swing Kids (1993). Et NON, pour la dernière fois, ce n’est pas la musique dans The Mask !

 

 

Swing Kids, de Thomas Carter (1993)

 

 

Jusqu’à ce qu’on m’invite à profiter d’une croisière sur l’East River, je n’avais jamais eu l’occasion de voir une version live de Sing, Sing, Sing. J’étais alors un heureux ignorant. Car armé de tenues sexy, de fessiers rebondis et rebondissant, de paillettes et d’un violon électrique bleu luminescent, le duo d’animation de la croisière captivait plus pour ses prestations physiques qu’artistiques.

 

J’étais à l’extérieur, sur le pont du bateau, quand retentirent, soutenues d’un sobre tapis aux sonorités électro, les premières notes de mon morceau préféré. L’expression faciale de ma très agréable surprise se transforma en un quart de seconde en celle d’un passionné scandalisé par ce qui semblait être le début d’un véritable massacre. J’accourrai à l’intérieur, la musique se faisait plus forte et l’ignominie, l’abomination de cette reprise devenait malheureusement plus réelle.

 

Au milieu d’une assemblée de curieux et emmenée par les rythmes baveux de son ordinateur, la jeune violoniste donnait tout ce qu’elle avait. Gauche, droite, gauche, droite.  Bien appuyée sur ses jambes, les cuisses largement découvertes, elle se déhanchait à un rythme endiablé et offrait un spectacle des plus captivants. Concentrée sur les mouvements de son corps, la musicienne-danseuse parvenait à canaliser les regards de ses spectateurs sur les envolées incessantes des franges de son léger costume. Et si une paire d’yeux s’intéressait par malheur à la position de ses doigts sur son violon, trahissant là un quelconque intérêt pour la qualité de sa musique, elle lançait alors un regard malicieusement coquin, recadrant l’attention sur son minois, puis se retournait sensuellement en fermant les yeux, rappelant au dissipé que le spectacle se passait plus bas, juste sous ses reins.

 

Sa technique bien rôdée envoutait tous les esprits, qui hypnotisés par le beau spectacle de ce délicat fessier, oubliaient que sa propriétaire était en train de commettre l’un des plus grands crimes de l’ère moderne. Ils n’entendaient même plus le carnage qu’était cette interprétation tout droit sortie d’une mauvaise boîte nuit du Nord-Pas-de-Calais. Une version « boum boum », aux rythmes conventionnés aux tendances contemporaines, délaissant l’enchantement de la mélodie et la magie du swing au profit de la laide et efficace facilité du tambourinage successif. Sing, Sing, Sing était détruit. Loin d’un bon electroswing, ce n’était en fait ni l’un ni l’autre.

 

Tout en enregistrant la scène pour conserver une preuve du délit, j’invoquais les esprits de Louis Prima, de Jess Stacy et de Benny Goodman afin qu’ils m’aident à ne pas succomber aux charmes de la violoniste et à rester concentré sur l’horreur de ses actes. Par bonheur, j’ai eu la force de résister.

 

Le film était en boîte. Ce qu’elle a fait ne resterait pas un événement isolé et ne serait pas impuni. En sortant, je lui lançai un dernier regard de défi, tentant de lui faire comprendre que ça ne se passera pas comme ça, meuf. Elle me répondit avec un sourire charmeur et un clin d’œil.

 

Et je me disais que ce n’était peut-être pas de sa faute, après tout.

 

(Le visionnage de cette vidéo est déconseillé aux oreilles les plus sensibles et aux amoureux du jazz.)

Oui, tout cet article pour une pauvre minute trente de vidéo.
Mais, franchement, ça fait du bien !
Mentions spéciales au gars qui zyeute discrétos à la 55e seconde (pas évident sans la HD) et au timide à moitié chauve de la fin, un tout petit trop stoïque et cintré dans sa chemise blanche à manches courtes pour passer pour un mec crédible, genre "ah ouais, elle joue bien la meuf !".
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11 janvier 2013 5 11 /01 /janvier /2013 00:20

 

« Bonjour Thibaut,

 

Merci encore pour l’interview de ce matin. Je tenais juste à ajouter que bla bla rayonnement culturel bla bla bla bla  notre rapide développement bla bla bla invités d’exception bla bla putes.

 

Par ailleurs, j’aimerais vous inviter,  toi et Alexis (mon chef) à notre prochaine croisière sur l’East River.

 

A bientôt ! »

 

 

Bible de tout journaliste qui se respecte, la charte de Munich, aussi appelée Déclaration des devoirs et des droits du journaliste, dicte aux professionnels concernés de « s’interdire (…) de recevoir un quelconque avantage en raison de la publication ou de la suppression d’une information ».

 

Publication d’une information, croisière sur l’East River ou les deux ? Inévitablement, cet innocent courriel de remerciement m’embarqua dans un insoutenable conflit intérieur d’une bonne quinzaine de secondes.

 

 

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Hé hé hé ! Une croisière sur l’East River !

 

Sur le Nil, sur l’East River ou en mer d’Iroise, c’est un avantage en raison de la publication d’une information.

 

Cette croisière coûte 50 $ normalement, ça ne se refuse pas.

 

diablotin-hahaha-copie-4.pngUn cadeau à 50 $ ? On veut t’utiliser !

 

Et alors ? Et puis, et puis… Et puis c’est aussi une bonne raison de créer des liens avec des acteurs de l’information locale.

 

Pourquoi faire ? Il te reste qu’une pauvre semaine de stage !

 

Justement, ce serait con de pas profiter de mes derniers jours à New York.

 

La charte de Munich l’interdit.

 

Ouais mais j’ai rien signé, moi !

 

Un bon journaliste doit avoir conscience de ses responsabilités.

 

Je serai pas le premier. Ni le dernier.

 

Un journaliste total sait se démarquer de ses confrères.

 

« Le journalisme total, c’est totalement con ! » a dit le prophète Pétère.

 

Gné ?

 

Faut pas confondre connerie et déontologie.

 

Nan mais what the fuck ?!

 

La déontologie, c’est pour les faibles.

 

Je n’avalerai pas ça !

 

That’s what she said.

Et puis quoi, merde, une croisière gratos sur l’East River !

 


 

Ainsi, après un début bien difficile, le diablotin parvint avec brio et à grands coups d’arguments idiots à surprendre son moralisateur adversaire, renverser la situation et remporter cet intense débat.

 

Et grâce à lui, ce samedi soir là, j'embarquai avec mon chef, nos deux invitées (comprises dans la gratuité) et toute une grappe de vieux gens chics et nantis, sur ce petit yacht. Sa vue sur la skyline (comprise également), sa Statue de la Liberté (comprise toujours), son coucher de soleil (compris mais c’était un coup de bol) et son bar (non compris) (forcément). 

 

Brooklyn Pont et Brooklyn

Le Brooklyn Pont et Brooklyn derrière.

 

Brooklyn Pont et Manhattan

Le Brooklyn Pont et Manhattan derrière.

 

NYC Harbour

Dans le port d'Manhattan...

 

Liberty Island

Drapeau en mal d'inspiration.

 

Compagnons touristes

Compagnons touristes.

 

gentil sponsor

Merci sponsor.

 

Dream Team

The French Morning Dream Team (et Jo).

 

Eau mouillée qui brille

Eau mouillée qui brille.

 

Pretty Belly

MoveYourAss Team, en charge de l'animation.

 

coucher de soleil de ouf malade

Coucher de soleil de ouf malade (avec un petit avion, en haut à droite, si vous regardez bien).

 

blue night

Blue night.

 

NYC sous la nuit

Floue night.

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20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 17:38

Le tire-bouchon ne figure pas dans la liste des outils essentiels du parfait globe-trotter. Une bien belle erreur. Avoir une chaussure (idéalement deux) est par contre recommandé dans les meilleurs guides de voyages. Heureusement, car si un tire-bouchon ne remplacera jamais une chaussure dans sa fonction principale, une godasse, même moche, peut sauver n'importe qu'elle soirée un peu trop bouchonnée. Illustration.

 

Nous sommes un samedi soir de juin. Une soirée chaude et ensoleillée particulièrement agréable. Je profitais d’un weekend en compagnie d’un vieil ami de collège et de sa compagne autochtone. Bambi, mon poteau de Loudéac (wesh wesh), habitait à Montréal depuis presqu’un an quand je suis parti à New York. Il en avait profité pour rencontrer Marie, sa jeune tourterelle canadienne. Les deux villes étant éloignées de 500 km et des poutines, il eut été diaboliquement dommage de manquer l’occasion de se voir.

 

Ainsi Bambi arriva, le vendredi après-midi. Ainsi sa chère et tendre Marie arriva elle-aussi, un peu plus tard, après que Bambi (comme le faon de Disney, mais avec une barbe) (ce n’est pas son vrai prénom, hein) et moi-même avions échangé quelques verres de rouge-qui-tache sur le toit de mon building de travail.

 

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Vue du toit au début de la soirée.

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Un peu plus tard...

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Encore un peu plus tard...

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Oups.

 

Non seulement avais-le privilège d’être le premier de notre bande de vieilles branches loudéaciennes (wesh wesh again) à rencontrer Marie, mais en plus avais-je cet ultime privilège de la rencontrer à New York.

 

Deux jours + trois touristes dans Big Apple = un enchaînement prodigieusement rapide et bâclé de Times Square, Central Park, Empire State Building, bières, musée, Statue de la Liberté, glaces, Wall Street, bières, musée, burgers, bières, Little Italy, Chinatown, hot-dogs, Brooklyn Bridge, bières et Brooklyn Bridge Park.


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Brooklyn Bridge Park. Petit espace de verdure, paisiblement installé face à Manhattan, que viennent régulièrement chatouiller les vaguelettes de l’East River*. L’endroit idéal où poser nos fesses après une longue journée de déambulation dans la jungle urbaine. L’endroit idéal où admirer le coucher de soleil sur le panorama accidenté de buildings en sirotant un bon verre de vin.

 

Nous venions justement d’acheter une bouteille de vin blanc. Aux Etats-Unis, boire de l’alcool dans la rue est interdit, à moins de dissimiler la bouteille dans un sac en papier marron. Et si la gentille vendeuse nous a bien fourni le sac, elle a refusé de nous prêter son tire-bouchon. Connasse.

 

Nous arrivâmes donc comme trois idiots dans ce joli parc où le plus appétissant des gazons nous tendant pourtant les brindilles, mais sur lequel nous allonger aurait perdu tout son charme sans l’apéro qui va avec.

 

Heureusement mon pied droit était là. Dans un élan d’altruisme, d’empathie et de générosité, il nous a gracieusement prêté... sa chaussure ! Tous mes membres ont fait des pieds et des mains pour permettre l’ouverture de cette bouteille. Ma jambe gauche équilibrait mon corps bancal, supportant tout son poids (de cheeseburgers), tandis que ma cuisse droite soulevait mes orteils qui risquaient de se blesser s’ils venaient à titiller les tranchants gravillons de l’allée du parc. Et alors que mon bras droit tendait mon soulier à Bambi, le gauche était en plein repérage d’une prise de secours où s’agripper en cas de chute inopportune.

 

D’un contrôle habile, Bambi s’empara de la godasse et y glissa la bouteille. Le cul à la place du talon. D’une main ferme, il tenait le corps en verre. De l’autre, tenace, il agrippait la chaussure. Avant de commencer le pilonnage, il arracha d’un féroce geste de la mâchoire le papier du goulot et le cracha dans ma direction.

Suivant le mouvement imprimé par le tronc de Bambi, la bouteille-chaussure s’éleva fièrement dans les airs, puis redescendit rapidement et heurta violemment un gros rocher. Pas de pause. Bambi balança de nouveau son corps et relança la bouteille en arrière, un peu plus loin cette fois.

 

Le papier du goulot tourbillonnait dans les airs, laissant s’échapper
quelques gouttelettes de la bave de Bambi.
Il venait droit sur moi.

 

Bambi abattit de nouveau le talon de la chaussure contre la pierre rigide. Sans réaction.

 

Toujours en équilibre précaire, je regardai le papier approcher.
Mon bras droit, débarrassé de la pompe, prêtait main forte au gauche 
et cherchait lui aussi un appui de secours.
L’emballage baveux accélérait, droit sur mon visage.

 

Marie, restée en arrière, observait les scènes.
Son regard inquiet passait sans cesse du combat de Bambi à la courbe du projectile déchiqueté.

 

Troisième tentative de Bambi. Plus haut, plus vite, plus fort. Le liège frémit.
« Oaahaa ! », dit mon rageur ami.

 

Marie porta les mains à son visage et échappa un « Ouh ! ».

 

Distrait par ces cris, j’égarai un instant mon regard vers l’autre bataille.
Le papier en profita pour accélérer encore et s’abattre comme une fusée sur ma figure.

 

Marie le pointa du doigt et lança un hurlement strident pour m’alerter du danger.
Trop tard.

 

Le quatrième choc entre la bouteille capitonnée dans le soulier et le rocher
fit de nouveau se soulever le bouchon, de quelques centimètres cette fois.
Bambi transpirait et serrait les dents. Il y était presque.

 

Voyant le missile au dernier moment, je ne pus m'écarter assez pour l’éviter.
Son bord tranchant m’atteignit à la joue gauche et m’écorcha jusqu’au lobe d‘oreille.

« Aaaaaargh ! »

Une traînée de chaud liquide rouge s’échappa brusquement de ma figure.

 

« Aaaaaargh ! »
Une giclée de frais liquide clair s’échappa brusquement du goulot de la bouteille.

 

Je portai ma main gauche à ma joue blessée, ma main droite à ma main gauche,
perdis l’équilibre et tombai lamentablement au milieu de l’allée.

 

Bambi leva les bras au ciel, sortit la bouteille de la chaussure et but au goulot,
encore trempé de la sueur de son effort, une grande lampée de vin frais.

 

Marie pleurait, de joie, de peur et d’empathie à la fois.

 

Le papier continua sa route en virevoltant
comme une feuille morte ensanglantée et alla s’écraser sur une pâquerette.

 

 

*C’était avant Sandy.

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19 novembre 2012 1 19 /11 /novembre /2012 22:23

« Le ciel de New York est beau parce que les gratte-ciel le repoussent très loin  au-dessus de nos têtes. Solitaire et pur comme une bête sauvage, il monte la garde et veille sur la cité. »


Jean-Paul Sartre, "New York, ville coloniale", Situation III (1949)

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23 octobre 2012 2 23 /10 /octobre /2012 19:20

Au bout du couloir, les trois ascenseurs de l’immeuble partageaient le mur du fond avec la porte menant aux escaliers. Ils étaient vraiment très pratiques. Déjà, ils allaient vite, ce qui valait mieux pour monter 21 étages. Ensuite, ils étaient trois. Et il y en avait (presque) toujours un de libre.

 

Ces ascenseurs étaient les seuls endroits où je croisais des gens qui, comme moi, travaillaient dans cet immeuble de la 5ème avenue. Des fois en costards cravate ou tailleur. Des fois en jean, chemise à carreaux et grandes lunettes noires de hipsters. Des fois en tenue de sport. Toujours avec un truc à boire ou à bouffer.

 

Le voyage durait en moyenne 51 secondes (et demi). Et je n’étais que très rarement seul dans ces petits espaces clos. J’en profitais alors pour faire comme dans les films. Entrer, me retourner, me positionner bien au centre d’une posture droite et fière, appuyer sur le bouton d’un mouvement ferme et décidé et regarder droit devant, scruter un point imaginaire, en attendant que les portes se ferment progressivement et symétriquement sur mon visage.

Ou bien je m’imaginais en grand patron pressé, le bras plein de dossiers, profitant des portes d’un ascenseur pour conclure mystérieusement une conversation sans intérêt.

 

 

Best running gag ever, dans La Classe Américaine.

 

 

Partager, plusieurs fois par jour, cette petite minute de traversée des étages avec des personnes différentes permet de réaliser une chose : à Manhattan, le trafic vertical est aussi important que le trafic horizontal. Les New-yorkais voyagent en trois dimensions. Un peu comme Spiderman, mais en moins vite.

 

Le matin, j’arrivais seul. Mis à part un léger « Hello », voire un timide « Mornin’ » ou un nonchalant « Wich floor ? », les échanges entre colocataires temporaires étaient assez restreints.

 

Le soir, on repartait à plusieurs. Et mises à part nos discussions de co-stagiaires (en français, pour taquiner un peu nos voisins de cabines), les seuls mots que l’on pouvait entendre avant d’appuyer sur le bouton qui nous redescendrait au rez-de-chaussée étaient à base de « Hold on please ! » lancés par des travailleurs trop pressés de se barrer du boulot pour attendre le prochain ascenseur.

 

 

Comme ce soir-là.

On était en pleine semaine, genre un mardi ou un mercredi. Vers 19 heures, au moment de rentrer dans ce dernier ascenseur bien mérité, le fameux « Hold on please ! » retentit à travers le couloir. Sauf que cette fois-là, ça ressemblait plus à un « Pfou… Hold on please ! Pfou… Pfou... »

 

Pendant que je bloquais les portes, un type arrivait depuis l’autre bout du couloir. La quarantaine bien bedonnante, il portait un short bleu ciel, un maillot jaune et des chaussures de sports qui laissaient s’échapper des chaussettes blanches fièrement remontées à mi-mollet. On devinait le mec prévenant quant à ses problèmes de transpiration, car il arborait aussi un bracelet et bandeau éponge, ainsi qu’une serviette autour du cou. En prime, il agrippait férocement de sa main droite une bouteille d'eau vitaminée et colorée. 

Il a parcouru la quinzaine de mètres qui le séparaient de l’ascenseur à petites foulées et en soufflant, accompagnant sa démarche ridicule de grand mouvements d’épaule non moins pathétiques. En entrant, bien que le bouton du rez-de-chaussée était déjà enclenché, il dirigea son index vers le tableau, pressa le numéro 22 et continua de sautiller en haletant pendant que les portes se refermaient.

 

Nous quittions donc le 21ème étage pour le 22ème, où trônait, seule, une salle de sport.

 

Et je découvrais en même temps un nouveau concept à l’américaine : préférer l’ascenseur à l’escalier pour faire de l'exercice.

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23 octobre 2012 2 23 /10 /octobre /2012 08:28

« New York, c’est une ville debout. Elle ne se pâmait pas, elle se tenait bien raide, là, pas baisante du tout, raide à faire peur. »


Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit (1932)

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18 octobre 2012 4 18 /10 /octobre /2012 09:43

New York fait partie de ces endroits qui donnent l’impression que ce qu’il s’y passe ne pourrait pas arriver ailleurs. « Only in NYC », quoi. Exemple vécu : se faire draguer par une top-modèle vénézuélienne en plastique.

 


J’étais invité à un barbecue chez mes proprios. Un dimanche qui faisait partie de ces jours où le mode « surprises et rencontres impromptues » était activé. Et même carrément boosté.

 

J’ai commencé cette journée en traversant le Bronx, assis à l’arrière d’un bus pendant une heure, en compagnie de cinq de mes colocataires. Parmi eux Max le Kazakhe, Alex le Moldave, Igor et Anton les Ukrainiens. Quatre russophones. Au rythme d’un running gag au début gentiment marrant mais très vite devenu assez lourd, nos discussions construites de savantes comparaisons de nos pays et cultures respectifs, selon des critères bien spécifiques (bouffe, filles et alcool), étaient coupées toutes les 10 minutes par différents débats en russe qui semblaient, vraiment, très intéressants. Mais qui m’obligeaient, toutes les 10 minutes, à croiser le compréhensif regard exaspéré de Michael l’Italien, qui, bien que très sympa, était un abruti.

 

Ce n’est qu'une fois arrivés chez nos chers propriétaires, à Yonkers, première ville de banlieue au nord de New York, que nos vies sociales à tous les six entrèrent dans leur phase d’hyper activité la plus décadente.

 

travellingthebx.jpg

 

Notre trajet jusqu'à Yonkers.
En bleu, quand ça parlait anglais. En rouge, quand ça parlait russe. 
©Google Earth et puis aussi un peu de Photoshop

 

 

« Tu dois être Thibaut ! Comment tu vas ? » 

« Elle parle français ! »

 

Première surprise : Magaly, quinquagénaire très gentille, que je voyais pour la première fois après avoir échangé avec elle une putain de quinzaine d’emails en anglais, était d’origine haïtienne. Et, de surcroît, parlait français.

 

Avec elle vivaient ses trois filles, jeunes américaines tout à fait normales (=répondant à l’image des jeunes américaines donnée par Hollywood) et son mari Gary, pianiste professionnel dont les trois pianos à queue se partageaient le salon et le hall d’entrée et qui s’est dévoué à un agréable concert privé une fois la nuit tombée. Mais aussi sa maman et sa tante, deux Haïtiennes âgées qui ne connaissaient que le créole quand elles piaillaient entre elles et qui jonglaient sans prévenir et sans même s’en rendre compte entre français, espagnol et anglais quand elles parlaient aux autres.

 

Je l’ignorais en arrivant, mais nous n’étions pas les seuls invités. Magaly et Gary ont des locataires chez eux et un peu partout dans le Bronx, et tout ce petit monde-là était convié. Rapidement se formèrent des groupes distincts et presque logiques, surtout pour les deux cons qui en avaient marre d’entendre parler russe à longueur de journées. C’est ainsi que Michael, ravi de rencontrer là un autre Italien, s’est rué vers lui pour entamer une discussion hyper rapide en remuant très vite les mains dans tous les sens. Et que dans le même temps, je faisais connaissance avec une Française, la trentaine, qui avait abandonné sa vie parisienne avec la ferme intention de s’installer à New York. Bien qu’à l’école, son niveau d’anglais n’atteignait pas celui d’un CM2 et – là, c’est du lourd – neuf mois après son arrivée, elle était toujours persuadée que le New Jersey était un quartier de la ville.

 

Etaient également présents deux Saoudiens, un Arabe de cinquante berges (qui a picolé toute la journée sans dire un mot et dont on n’a jamais su ni d’où il venait, ni même s’il était invité) et cinq jeunes filles mongoles quasi-identiques dans leur style de petites asiatiques frêles et bridées en robe à fleurs.

 

A l’heure de l’apéro, vingt-trois personnes occupaient donc toutes en même temps le rez-de-chaussée de la maison. L’ambiance particulièrement agitée qui en découlait était difficilement évitable. Discrètement installées dans leur coin, les deux mamies observaient Alex et Anton concourir à celui qui fera glousser les Mongoles le plus fort. A côté d’eux, les deux Italiens, alors en plein débat sur ce que je devinais être du foot, se faisaient interrompre sans relâche par l’un des Saoudiens en quête de bons conseils, auprès de ces deux clichés de la drague, pour se choper une Américaine. Son concitoyen multipliait quant à lui les allers-retours entre le salon et sa chambre pour se shooter à on-savait-pas-trop-quoi-mais-ça-avait-l’air-violent. Dans le hall d’entrée, Gary débriefaient ses trois filles avant de les envoyer faire des courses, alors que Magaly, suivie de près par Max qui tenait absolument à aider, courait dans tous les sens pour être sûre que tout était fonctionnel. De mon côté, j’aidais la Française désespérément teubé à installer Firefox sur son ordinateur, tout en souhaitant vivement rejoindre Igor, qui avait entamé tout seul une enquête approfondie des différentes marques de bières que les Américains pouvaient proposer à un barbecue.

 

IMG-20120617-00623.jpg

Oh yeah !! ©BlackBerry d'amour

 

C’est au moment le plus brouillon de ce foutoir domestique qu’apparu Giselle. Ce qui eut pour effet de transformer la scène en un calme soudain et déconcertant.

Sans les faire grincer, Giselle descendait doucement et avec grâce les escaliers en bois. Sa légère robe aux larges motifs à fleurs, emmenée par le délicat et régulier mouvement d’un bassin incroyablement rebondi, semblait flotter au ralenti. De taille moyenne, la jeune femme fine se remarquait à ses formes abusivement généreuses et à sa longue chevelure noire. Son joli teint mat trahissait ses origines sud-américaines. Elégante et soignée, son apparition dans la pièce principale détourna les regards de tous et apaisa presque instantanément les esprits de chacun, exception faite des deux mémés qui se mirent à pouffer dans leur coin. Sa robe courte, échancrée et décolletée laissait s’exprimer tout son charisme. Deux grosses boules de charisme bien rondes et bien fausses, qui n’ont pas eu besoin de dire un mot pour faire taire toute l’assemblée.

 

D’un geste suave et d’un sourire exagéré, Giselle salua l’ensemble des convives. Dans le même temps, son œil perçant balayait les nouvelles têtes. Au moment où nos regards se croisèrent, je ne savais pas si je devais rire ou rougir. Je jetai mon dévolu sur une bière que je décapsulai d’un geste coutumier, vif et adroit. Après une rapide présentation de chacun par Magaly, Giselle avait choisi sa cible : au diable les terroristes en reconversion, les Russes en développement et les Ritals en crise, ce sera le Français. La valeur sûre.

 

Elle s’assit donc en face de moi et croisa ses jambes d’un large mouvement qui fit glisser le bas de sa robe. Les cuisses découvertes, elle positionna langoureusement son buste et son visage en avant. Elle posa son bras gauche sur la table pendant que le droit appuyait discrètement contre sa poitrine. Elle parlait doucement. Parfois même elle chuchotait.

 

 

« Je viens du Vénézuéla. Je suis à New York pour apprendre l’anglais. Je veux être une actrice. Je prends des cours de théâtre au New York Film Academy. J’y vais trois fois par semaine, le reste du temps je reste ici, avec Magaly, elle m’aide à apprendre l’anglais. Manhattan, c’est trop loin, il faut traverser tout le Bronx. Mais j’y vais souvent la nuit. Pour danser et m’amuser, et je dors chez des amies. D’ailleurs je voulais y aller ce soir, mais ça ne plairait pas à Magaly. Peut-être demain plutôt. A moins que, je ne sais pas… Tu voudrais pas m’accompagner ? J’ose pas y aller toute seule, Magaly ne serait pas contente. Non. Je vais rester ici, j’irai demain.

 

Je vais être actrice. Je vais y arriver. Tu es Français c’est ça ? J’adoooooore la France ! Mon père – qui a beaucoup d’argent  a des amis en France. J’y suis allée l’été dernier. Je suis restée dans le sud, sur la Côte de… Ouh ! J’ai oublié le nom. La Côte de quoi ? Non, me dis pas ! Je vais trouver… La Côte de, de… Oui ! D’Azur ! Hé, je t’avais dis de ne pas me le dire, ah ah ah ! J’ai aussi vu des courses de chevaux, à l’hippodrome de Longchamp. J’ai aaadoré ! J’ai parié, mais j’ai rien gagné, je suis pas très douée pour ça. J’ai aussi été à Paris. J’adoooore faire du shopping sur les Champs Elysées. Mais il y a trop de monde…

 

Je vais être une actrice bientôt. Dans mon pays, je suis mannequin. J’ai fait la couverture de Vogue. Attends. Tiens, regarde, ce sont des photos de moi, je suis mannequin au Vénézuéla. Mais j’en ai marre, je préfère être actrice. 

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Le Facebook de la jeune femme est public
et elle ne s'en prive pas. ©Personne

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Et toi ? Qu’est ce que tu viens faire à New-York ? »

 

 

A peine m’étais-je présenté comme stagiaire en journalisme qui partageait un petit appartement du Bronx avec huit autres gars qu’elle mit fin plus ou moins poliment à la discussion. Giselle, désespérée de voir que le seul beau gosse bon parti potentiel de l’assemblée était en fait fauché, a passé le reste de sa soirée à déambuler du popotin à droite à gauche. Et à s'amuser des assauts répétés de Michael, lui dévoilant progressivement un peu plus de décolleté, pour finalement, lassée de son jouet, lui mettre un gentil vent en allant se coucher, seule, bien avant la fin des festivités.

 

Sur le chemin du retour, mes colocataires et moi-même avons partagé nos études visuelles du corps de Giselle, et en avons conclu qu’elle était composée à 65% de matière non naturelle.

 

Une main de fer, un cœur de pierre, le reste en silicone.

 

Et un extrait du concert privé de Mister Gary pour terminer.
(Au fond à gauche, Michael s'est vite remis de son rateau avec Giselle
et a trouvé une nouvelle cible.)

 

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